Publier une application sur le Play Store a un prix fixe et connu : Google facture des frais d'inscription uniques de 25 dollars américains pour créer un compte développeur, sans renouvellement. Du côté d'Apple, l'adhésion à l'Apple Developer Program coûte 99 dollars par an, renouvelables. Ces montants sont dérisoires par rapport au développement, et pourtant ils bloquent régulièrement des projets marocains pendant des semaines — non pas à cause du prix, mais à cause de ce qu'il faut fournir pour les payer et de la question, trop souvent tranchée à la légère, de savoir au nom de qui ces comptes sont ouverts.
Ce que coûtent réellement les deux comptes
| Poste | Google Play | Apple App Store |
|---|---|---|
| Frais d'ouverture | 25 USD, une seule fois | Inclus dans l'adhésion annuelle |
| Frais récurrents | Aucun pour le compte | 99 USD par an (299 USD pour le programme Enterprise) |
| Moyen de paiement | Carte bancaire internationale ; les cartes prépayées ne sont pas acceptées | Carte bancaire internationale |
| Conséquence d'un non-renouvellement | Sans objet | Distribution interrompue, applications retirées de la vente |
| Commission sur les ventes | Uniquement sur les contenus et abonnements numériques vendus dans l'application | Idem |
Un point mérite d'être souligné : ces commissions ne concernent pas la vente de biens et de services physiques. Une application qui vend des produits livrés, des repas, des courses ou des prestations réalisées hors de l'application n'y est pas soumise. C'est le cas de la quasi-totalité des projets de PME marocaines.
Au nom de qui ouvrir les comptes : la seule réponse acceptable
Les comptes doivent être ouverts au nom de votre société, avec une adresse e-mail que vous contrôlez et une carte qui est la vôtre. Votre prestataire est ensuite invité comme collaborateur, avec les droits nécessaires et pas davantage. Cet accès est révocable en un clic le jour où vous changez d'agence.
L'inverse — laisser le développeur publier sous son propre compte — est une commodité de court terme qui devient un problème de long terme. Une application publiée sous le compte d'un tiers ne peut être mise à jour que par lui. Son transfert vers votre compte est possible, mais il suppose sa coopération active, l'accès aux certificats de signature et un délai. Si la relation se termine mal, ou si le prestataire cesse simplement son activité, vous n'avez plus de main sur un actif qui porte votre marque, vos clients et leurs données. Sur Android, un second piège existe : la clé de signature de l'application. Si elle est perdue ou reste chez un tiers sans être confiée à la signature d'application de Google Play, plus aucune mise à jour n'est possible — il faut republier une nouvelle application et redemander à tous vos clients de l'installer.
Écrivez donc la clause dans votre contrat, avant le début du développement. Nous en proposons la formulation exacte dans notre modèle de cahier des charges d'application mobile.
Les pièces demandées, côté Google
Pour un compte personnel, Google demande une pièce d'identité officielle en cours de validité, une carte bancaire à votre nom, une adresse et un numéro de téléphone vérifiés par code à usage unique.
Pour un compte d'organisation, la liste est plus longue : un numéro D-U-N-S, le nom et l'adresse de l'organisation, son numéro de téléphone et son site web. Le D-U-N-S est un identifiant d'entreprise à neuf chiffres attribué par Dun and Bradstreet ; son obtention est gratuite mais demande un délai qu'il faut anticiper, car les informations fournies doivent correspondre à celles de votre registre de commerce. Retenez aussi que l'adresse e-mail et le numéro de téléphone du développeur sont affichés publiquement sur la fiche de votre application : prévoyez une ligne dédiée plutôt que le portable du gérant.
Les pièces demandées, côté Apple
Apple applique aux organisations des exigences précises : être une entité juridique reconnue — les noms commerciaux, enseignes et succursales ne suffisent pas —, disposer d'un numéro D-U-N-S, et que la personne qui s'inscrit ait le pouvoir d'engager la société. S'y ajoutent deux conditions que les petites structures marocaines découvrent souvent trop tard : une adresse e-mail professionnelle au nom de domaine de l'entreprise, et un site web public et fonctionnel sur ce même domaine. Une page Facebook ou une page de réservation de domaine ne sont pas acceptées.
Autrement dit, si votre société n'a pas encore de site, il faut le mettre en ligne avant de pouvoir publier votre application. C'est un enchaînement à anticiper dans le planning.
Pour une personne physique ou une entreprise individuelle, Apple affiche le nom légal de la personne comme vendeur sur l'App Store — pas un nom commercial. Pour une marque qui se lance, c'est un argument de plus en faveur du compte d'organisation.
Payer 25 et 99 dollars depuis le Maroc
C'est le point de blocage le plus fréquent, et il n'a rien de technique. Les deux magasins exigent une carte bancaire internationale, et Google précise que les cartes prépayées ne sont pas acceptées. Or beaucoup de PME marocaines ne disposent que de cartes nationales ou de cartes de paiement plafonnées.
La voie propre passe par la réglementation des changes : l'Office des Changes prévoit que les entreprises marocaines peuvent régler par carte de paiement internationale leurs importations de services, dont les abonnements à des logiciels et applications informatiques étrangers, dans des plafonds annuels adossés à l'impôt payé au titre du dernier exercice clos. Les sociétés récentes, exonérées ou faiblement imposées relèvent de plafonds réduits, et des dispositions particulières existent pour les jeunes entreprises innovantes. Concrètement : parlez-en à votre banque avant de lancer le projet, demandez une carte adaptée aux règlements de services à l'étranger, et conservez les factures Apple et Google — elles constituent le justificatif de l'importation de service.
La solution de facilité — utiliser la carte personnelle du gérant, ou pire celle du développeur — fonctionne, mais elle mélange le compte de la société avec un moyen de paiement privé et complique la comptabilisation comme le renouvellement.
Le parcours de publication, étape par étape
Sur Google Play. Création du compte, vérification de l'identité et des coordonnées, puis préparation de la fiche : nom, description, captures d'écran aux formats exigés, icône, catégorie, classification de contenu, politique de confidentialité accessible publiquement, et la section sur la sécurité des données qui décrit ce que votre application collecte. Vient ensuite une étape que beaucoup découvrent en cours de route : les comptes personnels créés depuis fin 2023 doivent d'abord mener un test fermé auprès d'au moins douze testeurs inscrits de façon continue pendant quatorze jours avant de pouvoir demander l'accès à la production. Cette obligation ne vise que les comptes personnels — raison supplémentaire d'ouvrir le compte au nom de la société.
Sur l'App Store. Adhésion au programme et validation de l'entité, création de la fiche dans App Store Connect, envoi d'une version signée, puis examen par l'équipe d'App Review. Prévoyez un compte de démonstration fonctionnel si votre application demande une connexion : sans identifiants de test, le refus est automatique.
Dans les deux cas, comptez sur des allers-retours. La première soumission passe rarement du premier coup ; les suivantes, oui, quand les motifs de refus ont été corrigés une fois pour toutes.
Les motifs de refus les plus courants
- Pas de politique de confidentialité accessible, ou une politique qui ne correspond pas aux données réellement collectées.
- Aucun compte de test fourni pour une application protégée par une connexion.
- Une application qui n'est qu'un site web emballé, sans fonction propre : Apple attend une valeur ajoutée par rapport à la simple consultation du site, un point détaillé dans ses directives d'examen. Si votre projet se résume à afficher un site, comparez d'abord une PWA et une application native avant d'ouvrir des comptes.
- Des permissions non justifiées, en particulier la position en arrière-plan, la caméra ou les contacts, sans explication claire à l'écran au moment de la demande.
- Une fiche trompeuse : captures d'écran qui ne correspondent pas à l'application, promesses non tenues dans la description.
- L'absence de suppression de compte dans une application qui permet d'en créer un.
- Des liens de paiement externes pour vendre du contenu numérique consommé dans l'application.
Les délais à inscrire au planning
Les magasins ne s'engagent pas sur une durée d'examen ferme. Ce qu'il faut retenir pour planifier : l'obtention du numéro D-U-N-S et la vérification d'entité se comptent en jours ouvrables et conditionnent tout le reste ; le test fermé exigé des nouveaux comptes personnels impose deux semaines pleines, incompressibles ; l'examen d'une version se compte généralement en jours, mais un refus relance le compteur. Une règle simple : ne communiquez jamais une date de lancement publique avant d'avoir une première version acceptée par les deux magasins.
Nous ouvrons les comptes développeurs avec nos clients, à leur nom, et nous leur remettons les accès et les clés de signature à la fin du projet. Si vous préparez une application et que ces démarches vous freinent, décrivez-nous votre situation depuis la page d'accueil de Samed Agency : nous vous répondons sous 24 heures avec la liste exacte des pièces à réunir et un devis gratuit.
Questions fréquentes
Peut-on publier une application sans société, en tant que particulier au Maroc ? Oui, les deux magasins acceptent les comptes personnels. Mais votre nom légal apparaîtra comme vendeur sur l'App Store, et un compte personnel Google Play récent est soumis à l'obligation de test fermé auprès de douze testeurs pendant quatorze jours. Pour une activité commerciale, le compte d'organisation reste préférable.
Faut-il payer les 99 dollars chaque année même si l'application ne change pas ? Oui. L'adhésion Apple est annuelle et son non-renouvellement entraîne le retrait de vos applications de la vente. Côté Google, le compte ne se renouvelle pas, mais votre application doit rester conforme aux exigences techniques du magasin pour continuer d'être distribuée — un budget annuel détaillé dans notre article sur le prix de la maintenance d'une application mobile.
Combien coûte au total la mise en ligne, développement compris ? Les frais de comptes sont marginaux : l'essentiel du budget reste le développement, les maquettes et les serveurs. Nos fourchettes et les facteurs qui les font varier sont détaillés dans l'article consacré au prix d'une application mobile au Maroc.
Que faire si Apple ou Google refuse l'application ? Lisez le motif exact dans la console : il renvoie toujours à une règle numérotée. La plupart des refus se corrigent en modifiant la fiche, une permission ou un texte d'explication, pas le code. Les deux magasins offrent un canal de réponse, et un échange argumenté est souvent plus rapide qu'une nouvelle soumission à l'aveugle.
Peut-on transférer une application déjà publiée vers le compte de notre société ? Oui, les deux magasins prévoient un transfert entre comptes développeurs. Il suppose que les deux comptes soient en règle, que l'application ne soit pas dans certains états particuliers, et surtout la coopération du détenteur actuel. C'est faisable, mais nettement plus simple à éviter qu'à corriger.
